lundi 16 février 2026
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En Russie, des étudiants gabonais pris au piège des lourdeurs administratives

Ils sont près de deux cents à avoir quitté le Gabon pour se former en Russie. Depuis la rentrée, ces boursiers de l’État vivent dans l’angoisse : bourses non versées, frais de scolarité impayés, visas en sursis. Un silence administratif qui, au-delà de la détresse individuelle, entache la parole publique et interroge la gestion du capital humain du pays.

 Moins de 250, selon les dernières estimations. C’est le nombre d’étudiants gabonais présents sur le sol russe. Sur ce contingent, environ 200 relèvent du programme de bourses nationales. Une cohorte modeste, presque confidentielle, mais dont le sort révèle une mécanique administrative grippée. Dans un communiqué publié le 11 février, l’Association des étudiants et stagiaires gabonais en Fédération de Russie (AESGFR) tire la sonnette d’alarme : « Aucune bourse n’a été versée depuis le début de l’année universitaire », et « aucun règlement effectif des frais de scolarité n’a été assuré ».

Derrière ces lignes, c’est tout un édifice qui vacille. Sans règlement, les universités refusent l’inscription ou menacent d’exclusion. Sans statut étudiant valide, le visa s’effrite. La chaîne de confiance est rompue.

L’engrenage de la précarité

La crise n’est plus seulement académique ; elle est devenue existentielle. L’association décrit une « précarité alarmante ». Des jeunes contraints de survivre grâce à la solidarité communautaire, quand ils n’accumulent pas des dettes qu’ils ne pourront jamais honorer. La peur s’est installée : peur de l’exclusion, peur de l’expulsion, peur de perdre pied à des milliers de kilomètres de chez eux.

Ce n’est pas un couac ponctuel. Les retards de paiement de l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) sont un mal récurrent, un silence budgétaire qui semble s’être transformé en mode de gestion. L’AESGFR, qui dit avoir privilégié « la responsabilité et la maturité » dans le dialogue, prévient que le temps de la patience est révolu.

Une génération sacrifiée sur l’autel des promesses?

Pour un État qui clame sa volonté de miser sur la jeunesse et le savoir, le contraste est cruel. La question n’est plus seulement celle de la survie administrative de 200 étudiants. Elle est celle de la crédibilité d’une parole publique. Si le Gabon ne peut garantir les moyens de subsistance et de formation de la poignée d’étudiants qu’il envoie à l’étranger, quel crédit accorder à ses ambitions éducatives ?

Ce ne sont pas des milliers de jeunes, c’est vrai. Mais ils sont le symbole vivant d’une promesse non tenue. Leur naufrage, silencieux et lointain, dit tout de l’abandon d’une génération. Pendant ce temps, à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, des étudiants attendent. Ils n’espèrent plus un virement. Ils attendent que l’État daigne se souvenir qu’il leur a confié un avenir.

 

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