Éditorial

Une occasion ratée

En étudiant l’histoire douloureuse des luttes d’indépendances en Afrique, nous avions appris que celles-ci avaient véritablement pris corps après la première et surtout la seconde guerre mondiale. Pourquoi seulement à ce moment là ? Voici l’une des principales raisons. En effet, brisés par plus de 1300 ans de domination, martyrisés par plus de 600 ans de traite négrière outre atlantique et traumatisés par plus d’un siècle de colonisation,  de nombreux Africains avaient d’abord été très surpris de voir leurs maitres, antérieurement pris pour des invincibles, asservies par plus forts qu’eux, au cours des dites guerres. Plus cocasse encore, ils furent stupéfiés de voir leurs maitres venir les solliciter, pour les aider à se libérer du joug de l’Allemagne nazie. Des guerres qui d’ailleurs ne les concernaient en aucune manière. Arrivés sur les fronts de combat- et eu égard aux traumatismes issus de la domination de leurs oppresseurs – la plupart des combattants africains, qui croyaient leurs bourreaux immortels, furent effarés de voir que ces derniers étaient de simples mortels comme eux, ils étaient ahuris de voir qu’ils  tombaient comme des mouches dans les champs de bataille.

La prise de conscience…

Au sortir de ces deux guerres, davantage la seconde, le mythe était tombé. Et conséquemment, les Africains se sont engagés dans des revendications et des luttes d’indépendance. De nombreux pays africains se sont affranchis des tutelles vampirisantes  des envahisseurs, sauf un groupe : celui qui était sous domination de la France. Le système d’exploitation, sans partage, des richesses d’Afrique, par la France s’est ainsi prolongé, jusqu’à date, sous des formes diverses, voire perverses, dont la principale  se nomme la Françafrique. À l’image donc des deux guerres mondiales au terme desquelles, le mythe de la puissance colonisatrice s’était effondré, la pandémie actuelle (la Covid-19) a également eu le mérite de montrer la grande vulnérabilité de quelques anciennes puissances esclavagistes, colonisatrices et néo-colonisatrices d’Europe comme la France et l’Espagne par exemple, sur le double plan économique ainsi que celui de la dépendance de leurs industries de santé vis-à-vis de la Chine et de l’Inde. L’exemple qui va suivre n’est qu’un parmi de nombreux autres. Face à la France, particulièrement, plus occupée à faire redémarrer son économie aujourd’hui à la ramasse, à gérer l’accroissement de ses chômeurs, à compter ses morts, martyrisés par la Covid-19, ses ex-colonies d’Afrique (pour la plupart ayant en commun l’usage du Franc colonial) ont plutôt bien réagi, en se prenant en charge, en inventant, en créant, en fabriquant, en trouvant eux-mêmes des parades à cette pandémie. Mais elles auraient pu et dû aller plus loin encore. Elles auraient dû saisir cette opportunité pour amorcer le début d’une vraie décolonisation, par exemple, trancher le nœud gordien qu’est ce funeste Franc CFA et introduire une monnaie qui se fabriquerait en Afrique et dont elles auraient entièrement le contrôle.

Un Continent à la recherche de nouveaux leaders

Malheureusement, nous n’avons plus en Afrique des hommes qu’il faut pour ce faire. Les Ruben Um Nyobè, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, et autre Muhammar Kadhafi ont tous été assassinés. Plus personne pour nous amener vers les voies d’une vraie décolonisation, celle là qui doit commencer dans nos têtes, afin que le reste suive. Parce que c’est là où les esclavagistes, les colons et néo-colons nous ont fait le plus mal, dans nos têtes, dans nos consciences. C’est depuis très longtemps que nous les Africains, nous ne sommes plus « nous ». Les autres sont venus effacer et briser notre colonne vertébrale, c’est-à-dire notre spiritualité et notre héritage culturel. Ils sont venus remplacer notre système éducatif par le leur, ce qui nous fait penser aujourd’hui que ce qui vient de chez eux est de loin meilleur que ce en quoi nous avons toujours cru. Nous sommes ainsi devenus un peuple asservi, couché, aliéné et lobotomisé. Ils ont fait de nos consciences ce que l’homme a fait des consciences des éléphants de cirque : pendant qu’ils sont encore de tendres éléphanteaux, on les relie à des poteaux dont ils ont du mal à s’en détacher. Cela dure pendant toute leur enfance au point où, à l’âge adulte, ils ne pensent même plus à s’en défaire, persuadés qu’ils n’y arriveront jamais tous seuls, alors que justement, à leur maturité, il suffit d’un coup de patte vif et sec, pour se détacher et retrouver sa liberté. Voilà ce que sont devenus les Africains. Dans leurs têtes, ils sont persuadés qu’ils sont des esclaves, incapables de résoudre eux-mêmes les problèmes auxquels ils sont confrontés, que les solutions à leurs problèmes doivent forcément venir des autres peuples, auprès de qui ils se bousculent pour mendier tout, y compris les choses les plus basiques de la vie quotidienne telles que les brosses à dents, dentifrices, cures dents, papiers toilettes, rasoirs, déodorants, etc…Et lorsqu’on observe les gesticulations de tous ces Africains qui de temps à autre, se lèvent pour faire du bruit, beaucoup de bruits, se foutant de la gueule du monde en pérorant le plus sérieusement qu’ils font la révolution, mais totalement ignorants de ce qu’est une révolution, on a tout simplement envie de rire, alors que c’est triste à pleurer.

Alain Bengono

 

 

Une pensée sur “Éditorial

  • lundi 11 mai 2020 à 5:56
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    Merci,
    j espère que nous seront nombreux à prendre conscience. Le barrage tiendras s’il y a de quoi arrêter la vague.

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