Gabon : finances publiques, un dialogue sous haute surveillance entre Abegue et les syndicats
Lancement ce lundi du « cadre permanent » voulu par le président Oligui Nguema. Entre la feuille de route technique du ministre délégué à l’Économie et les revendications pressantes des syndicats, le dialogue s’annonce serré. Chaque camp affiche sa volonté de négocier, mais la confiance se mesurera aux résultats.
Le ton était courtois, mais les attentes étaient très nombreuses. Ce lundi 2 février, le ministre délégué à l’Économie et aux Finances, Marc Abegue, a officiellement ouvert le « cadre de dialogue permanent » avec l’Intersyndicale des Régies financières (IRFAA), répondant ainsi à une injonction du président Oligui Nguema. Une première rencontre qui a moins scellé une alliance que posé les jalons d’un dialogue social sincère.

« Un climat de paix, de confiance mutuelle, de respect » : d’entrée, Marc Abegue a fixé le cap d’un cadre apaisant. Mais dans la foulée des bonnes intentions affichées, l’agenda du gouvernement est clair et ambitieux. Le ministre a égrené les priorités du gouvernement : stabilité financière, lutte contre la vie chère via une future centrale d’achat, gestion de la dette, et déploiement d’un nouveau système informatique (SIGFiP) pour « plus de transparence ».
Un programme structurel qui, concède-t-il sans détour, « nécessite du temps de maturation ». Un avertissement à peine voilé aux syndicats : la patience sera de mise. La rigueur budgétaire reste le maître mot, et aucune réforme « ne saurait prospérer sans un climat de paix et de sérénité ».
Face à cette litanie de réformes à venir, les syndicats sont venus avec des dossiers brûlants et anciens. Le ministre lui-même a listé les points chauds : régularisations administratives, recrutements, rappels de solde – une ardoise colossale –, prime de performance, conditions de travail. Pour désamorcer les critiques, il a brandi quelques avancées : 2 495 agents déjà « régularisés » sous diverses formes et un concours professionnel pour les plus de 50 ans en préparation.
Sur les fameux « rappels de solde », sujet explosif, M. Abegue a assuré que des tranches avaient été payées sur les « premiers 100 milliards » et qu’une troisième était à l’étude. Une annonce assortie d’une invite à la prudence, encourageant les agents à « déposer leurs dossiers ».
Réaction syndicale : une satisfaction de principe, teintée d’une défiance palpable. Judicaël Mbadinga, président de l’IRFAA, a salué « un premier pas important ». Mais le compliment s’est aussitôt mué en mise en garde. « Les chiffres annoncés sont notés, mais ils doivent s’inscrire dans une trajectoire claire et accélérée. Le dialogue n’a de valeur que s’il débouche sur des engagements datés et tenus. La patience des agents a des limites. »
Un canal ouvert, mais pour quoi faire ?
Cette première séance a ainsi dessiné les contours d’une négociation à haut risque. D’un côté, un ministère qui instrumentalise le dialogue pour obtenir la paix sociale nécessaire à ses réformes austères. De l’autre, des syndicats y voient une tribune pour exiger des comptes rapides et des engagements chiffrés.
Le canal est désormais officiellement ouvert. Mais sa crédibilité tiendra à la capacité du gouvernement à transformer ses promesses en paiements effectifs et en signatures d’arrêtés. Et à la volonté des syndicats de maintenir une pression suffisante sans faire basculer la table. Le prochain round, attendu sur des échéances concrètes, dira qui, du réalisme budgétaire ou de l’exigence sociale, l’emportera dans ce dialogue sous tension.

