mercredi 4 février 2026
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Sièges sportifs au Gabon : entre rêves de palais et réalités de sacs à dos

A l’heure de la reconstruction du Gabon, le monde sportif national, lui, jongle toujours entre l’invisible et le vétuste. Une tournée des “sièges” des fédérations ressemble davantage à une chasse aux fantômes ou à une visite guidée des ruines qu’à un inventaire de la vitalité sportive nationale.

Il fut un temps où avoir un “siège” signifiait posséder un bâtiment. Au Gabon, pour nombre de fédérations sportives, le siège est un concept abstrait, une idée nomade qui se loge… où elle peut. Tennis, golf, athlétisme, basket, natation ? Invisibles. Le handball ? Une bâtisse défraîchie et abandonnée à Akébé-ville. Boxe ? Un vestige colonial décati, à peine l’ombre de lui-même. Même la toute-puissante Fédération gabonaise de football, à Owendo, montre des signes de mal-être. Des disciplines qui n’existent souvent que sur le papier, à l’image de leurs quartiers généraux fantomatiques.

 

Dans ce paysage désolant, l’expert en karaté Me Stéphane Awa livre une analyse sans fard : « Ce n’est pas facile, les fédérations sont démunies, n’ont pas de moyens. Normalement toute fédération devait avoir un siège. » Sa solution ? Regrouper tout ce petit monde dans les salles inutilisées du stade d’Akanda. Une idée de bon sens qui, comme souvent, semble appartenir au domaine de l’utopie.

Le constat est unanime : le sport gabonais est en panne sèche. Résultats absents, infrastructures

obsolètes, supporters désabusés. Le coupable tout désigné ? Le manque cruel de moyens financiers. Le journaliste Brice Ndoutoume pointe du doigt la débrouille individuelle : « Le comité national Olympique vient de se doter d’un siège. Nous savons tous que c’est le comité international olympique qui a donné les moyens et l’État a juste signé un accord de siège. » Il exhorte donc les présidents à courtiser leurs instances internationales, tout en reconnaissant que la manne de la FIFA n’est pas celle de la boxe. Un cercle vicieux qui étrangle le sport à la base.

Mais dans ce désert administratif, une oasis vient de fleurir. Fini les réunions au comptoir du bar du

coin ou dans le salon des présidents ! La Fédération gabonaise de karaté et arts martiaux affinitaires (Fegakama) a inauguré, ce jeudi, son propre siège. Un bâtiment flambant neuf avec bureaux, salle de réunion et… dojo national. De quoi faire pâlir d’envie les voisins boxeurs et handballeurs.

Le président, Me Pamphile Andimi Youmou, savoure cette conquête historique. Il raconte : « Avant mon élection, je suis resté secrétaire général de la fédération pendant 17 ans. J’observais que chaque président avait son siège dans son sac. C’est dans les dojos de chaque président que s’établissait le siège. » Une époque révolue, grâce à une promesse de campagne tenue. Preuve qu’avec de la volonté (et probablement un bon coup de pied martial), on peut sortir le sport du sac à dos.

La chute de l’histoire, savoureusement amère, est dans les chiffres. Sous l’ancien régime, entre 2019 et 2022, l’État a injecté 3 milliards de FCFA dans le sport. Le handball a empoché 552,8 millions, le karaté 308,8 millions, sans oublier les montagnes de bourses et de financements pour les Jeux Olympiques. Une pluie d’argent qui, visiblement, a miraculeusement évité les toits des sièges des fédérations.

Alors, à quand la généralisation de la méthode Youmou ? En attendant, le sport gabonais continue sa gym quotidienne : l’équilibre précaire entre l’ambition olympique et la réalité des murs fissurés. Un sport de haut niveau, assurément.

 

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