mercredi 4 février 2026
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Tentative de putsch avortée au Bénin : un « comité militaire » éphémère à l’antenne, le pouvoir affirme le contrôle

La matinée de ce dimanche a été mouvementée au Bénin, où un groupe de militaires a brièvement pris l’antenne de la télévision publique pour annoncer la « démission forcée » du président Patrice Talon, avant que les autorités ne décrivent l’événement comme un coup d’État avorté et ne proclament le retour au calme.
 
Le spectacle, diffusé en direct tôt ce matin, a vu des hommes en treillis, se présentant comme le « Comité militaire pour la refondation (CMR) », déclarer avoir « délibéré et décidé » de démettre le chef de l’État de ses fonctions. Une annonce pour le moins surprenante, alors que M. Talon, au pouvoir depuis dix ans, est censé passer la main lors d’une élection présidentielle prévue en avril 2026.
 
La réaction des autorités n’a pas tardé, jetant un doute certain sur l’envergure réelle des événements. Une source militaire dans l’entourage du président a assuré à l’AFP qu’il ne s’agissait que d’un « groupuscule de personne[s] qui ont uniquement investi  la télévision ». Une formule qui en dit long sur la perception officielle de l’opération : moins une prise de pouvoir qu’une prise d’antenne. La même source a affirmé que « l’armée régulière reprend le contrôle », que la capitale Cotonou et le pays sont « totalement sécurisés », et que le président et sa famille sont en sécurité.
 
Plus tôt, l’ambassade de France avait rapporté sur le réseau X (anciennement Twitter) avoir eu connaissance de « coups de feu […] signalés à Camp Guézo », une caserne située près de la résidence présidentielle à Cotonou.
 
Le contraste est saisissant : d’un côté, une proclamation solennelle de destitution à la télévision nationale ; 
de l’autre, une communication officielle réduisant les putschistes à l’état de figurants ayant temporairement détourné le studio. Le pouvoir semble vouloir présenter cette séquence moins comme une crise politique majeure que comme un incident technique regrettable – et assez pathétique.
 
Alors que la situation semble revenue sous le contrôle des forces loyalistes, l’épisode laisse perplexe. S’agit-il de la tentative mal organisée d’une fraction marginale, ou la rapidité avec laquelle elle a été étouffée témoigne-t-elle d’une certaine fragilité, soigneusement masquée ? Une chose est sûre : en annonçant la fin d’un régime depuis sa propre télévision, ces militaires ont offert au Bénin une matinée pour le moins surréaliste, entre suspense politique et opérette. Le pays, souvent présenté comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, retient son souffle en attendant les prochains développements.

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