Gabon : Face à l’agonie programmée du géant Satram, son conseil passe à l’offensive.
Le groupe Satram, autrefois pilier de l’économie gabonaise, crie à l’« assassinat économique ». Acculé par ce qu’il décrit comme une spoliation organisée par les plus hautes sphères, l’ancien leader de la logistique brandit la menace d’une contre-attaque judiciaire totale. La voix de son avocate, Me Marlène Fabienne Essola-Effoutame, a résonné comme une déclaration de guerre lors d’une conférence de presse électrique.
La chute est vertigineuse. Dans la salle, le constat est accablant : les représentants de Satram ne racontent pas une simple faillite, mais le dépeçage méthodique d’un empire. Le ton n’est plus à la plainte, mais à l’accusation, frontale et amère. Et la réponse promise est à la hauteur de la colère : une bataille juridique « sans la moindre faiblesse », qui s’annonce comme un test décisif pour l’État de droit au Gabon.

De la puissance à la précarité : la tragédie sociale d’un fleuron
L’évocation du passé glorieux de Satram, « premier employeur privé du pays » avec ses 2 000 salariés, fait aujourd’hui office d’épitaphe cruelle. L’âge d’or, où les salaires tombaient avec une ponctualité d’horloge et où la couverture santé s’étendait au-delà des frontières, n’est plus qu’un lointain souvenir. Le décès de ses fondateurs a précipité l’empire dans une spirale infernale.
Le bilan humain est sombre. L’entreprise évoque des employés n’ayant touché que « deux misérables mois de salaire sur toute une année ». Pis, elle impute la mort d’une cinquantaine de ses anciens travailleurs à cette déroute, « privés de ressources pour survivre ou se soigner ». Un drame social qui donne un visage humain à ce qui pourrait n’être qu’un froid dossier d’affaires.
Le cœur du cyclone : deux biens immobiliers et une justice foudroyante
À Owendo : la spoliation express. Le scénario décrit tient du coup de force. En l’espace de douze jours – un délai qualifié d’ « impossible » –, un titre de propriété aurait été émis, une expulsion prononcée et exécutée, au profit d’une société liée au groupe burkinabè EBOMAF. Pour l’avocate de Satram, cette célérité foudroyante est la preuve d’un « contournement délibéré des règles », créant un « précédent terrifiant » pour tout investisseur.
À Port-Gentil : le double jeu de l’État. L’accusation est cinglante : l’Office des ports et rades du Gabon (Oprag) aurait « vendu et loué la même parcelle » à deux acteurs différents. Acquise légalement par Satram pour 500 millions de FCFA, la terre serait aujourd’hui occupée par un autre opérateur pour un loyer dérisoire, sans que le groupe légitime n’en perçoive un centime.
La contre-offensive : une stratégie judiciaire tous azimuts
Face à ce qu’elle présente comme un pilonnage administratif et judiciaire, Me Essola-Effoutame ne se contente pas de se défendre. Elle passe à l’attaque. Sa stratégie est claire, globale et sans compromis : faire annuler les titres fonciers obtenus par ses adversaires, qu’elle estime entachés d’illégalité, ancrer le droit de propriété de Satram comme « absolu et imprescriptible », en s’opposant à ce qu’elle perçoit comme des interprétations biaisées du droit. Enfin exiger une réparation intégrale du préjudice colossal subi.
« L’objectif n’est pas une victoire symbolique, c’est une résurrection économique », assène-t-elle, avant de lancer une métaphore cinglante à l’adresse des pouvoirs publics : « Quand un patient est en réanimation, on ne lui retire pas son respirateur. On lui serre la main. C’est le minimum, non ? »
L’enjeu suprême : au-delà de Satram, l’âme de l’économie gabonaise
Le combat de Satram dépasse largement le cadre de son propre sauvetage. Il est érigé en étendard, en test de crédibilité pour les autorités gabonaises. « Comment reconstruire un État de droit si l’on ne protège pas ceux qui ont bâti le pays ? », interroge, sans détour, la juriste. Elle place ainsi la balle dans le camp de l’État, lui assignant une « responsabilité historique ».
La suite s’écrira dans le fracas des prétoires et le silence des couloirs du pouvoir. La promesse d’une « guerre sans concession » est lancée. Reste à savoir si elle suffira à sauver un géant à l’agonie, et avec lui, un pan de la confiance dans l’environnement des affaires au Gabon.

