Côte d’Ivoire : Le procès de Kafolo, une justice en pointillés, entre interrogatoires éclair et renvois dans le flou
Six ans après l’attaque jihadiste qui a coûté la vie à quatorze soldats ivoiriens à Kafolo, le procès censé faire la lumière sur cette tragédie poursuit son chemin erratique. Ce lundi 19 janvier 2026, la Chambre anti-terroriste d’Abidjan a, une nouvelle fois, illustré le décalage saisissant entre la gravité des faits jugés et le rythme saccadé des audiences. Après à peine deux interrogatoires, les débats ont été renvoyés sine die, laissant dans l’attente les familles des victimes et le public.
Le tribunal a tenté, pendant une brève session, d’avancer dans un dossier complexe impliquant 45 prévenus pour « actes terroristes ». Face aux juges, un premier accusé, planteur d’hévéa établi à Aboisso, à plusieurs centaines de kilomètres du lieu de l’attaque, tente d’expliquer sa présence sur la liste des inculpés. Son crime ? Avoir déclaré être Burkinabè lors d’un contrôle à Bondoukou. La logique judiciaire, parfois, suit des chemins que le simple citoyen peine à cartographier.
Le deuxième homme entendu, un éleveur peul sexagénaire de Bouna, nie avoir hébergé des assaillants dans son parc à bétail, qu’il affirme même ne pas posséder. Le procureur lui oppose le témoignage d’un co-accusé et… des factures téléphoniques détaillées. Un dialogue de sourds où les « appels à des terroristes identifiés » se heurtent à une demande de « détails des conversations ». La vérité semble se nicher dans les interstices entre les relevés d’opérateur et les dénégations fermes.
Entre ces deux auditions, un détail piquant : les deux hommes assurent ne pas se connaître, bien qu’arrêtés dans des circonstances spatialement et temporellement proches. Le principal accusé, Ali Sidibé, avait été intercepté dans la même zone alors qu’il tentait de gagner le Burkina Faso. Le fil de l’enquête judiciaire ressemble à une pelote dont on ne trouverait pas le début.
Faute d’un avocat présent, la machine judiciaire s’est donc arrêtée net. Une demi-douzaine d’autres accusés et des témoins attendent encore leur tour, avant même d’envisager le réquisitoire et les plaidoiries. Le procès de l’une des pires attaques subies par l’armée ivoirienne avance à la vitesse d’une diligence dans un embouteillage abidjanais.
Alors que le pays attend des réponses sur les circonstances de ce drame de juin 2020, la justice, elle, semble encore chercher son chemin. Les zones d’ombre, elles, persistent, aussi épaisses que le jour de l’attaque. La prochaine audience est promise « dans les semaines à venir ». Les familles des quatorze militaires tombés à Kafolo, elles, comptent déjà les années.

